Durant l'adolescence, les après-midi de mes dimanches, à la saison froide, revenaient comme un rituel immuable.
Mes parents recevaient rarement - pour ainsi dire jamais - et après le repas dominical, je montais dans ma chambre, glacée et humide (l'étage de la maison ne connaissait pas le chauffage, fut-il
d'un simple appareil ambulant). Les allusions inquisitoires de mon frère commençaient à m'agacer
prodigieusement et je jugeais les chamailleries de ma soeur cadette trop puériles. Je grimpais alors dans "mon igloo".
Allongé tout habillé sous la couette doublée d'un édredon, je voyais au travers des vitres embuées du chien assis le jardin en enfilade de mon père, dépouillé et triste, encore recouvert de la
fine pellicule blanche d'une gelée persistante.
Beethoven et Mozart, Chopin parfois - et plus tard Verdi et Rossini par leurs envolées lyriques - bercèrent tendrement mes épopées juvéniles et mes égarements romantico-lubriques
...
Les violons virtuoses bataillaient en force à m'éclater la tête et j'accompagnais vigoureusement les tempos prestissimo d'une main maladroite (j'en rigole maintenant ^^).
Comment s'appelait-il déjà, ce premier amour tendrement étouffé ?...
Ce tantôt, en écoutant ce morceau de musique, je repensais à lui, et aux heures de solitude de mes dimanches de collège à la campagne ...